Vous êtes ce que votre père mange

Trouver des moyens pour que les enfants fassent de l’exercice et qu’ils mangent sainement est un défi pour de nombreux parents canadiens, les mères comme les pères. Les données nationales démontrent que plus de 70 % des enfants canadiens ne mangent pas assez de fruits et légumes et que 80 % des 3-4 ans dépassent le temps recommandé devant un écran (à regarder ou à jouer).

 Bien que les recherches suggèrent que les parents soient la source d’influence principale concernant les comportements alimentaires et physiques des jeunes enfants, peu d’attention est accordée à l’impact des pères sur la santé des enfants. La majorité des recherches dans ce domaine s’est concentrée presque exclusivement sur l’influence des mères sur leurs enfants.

 Par conséquent, si les études démontrent que les parents sont un facteur essentiel dans les comportements alimentaires et physiques de leurs enfants, pourquoi accordons-nous si peu d’attention aux rôles du père?

 Depuis le milieu des années 1970 :

 

  • Le nombre de familles comptant deux soutiens avec des enfants au Canada a presque doublé, passant de 36 % en 1976 à 68 % en 2014.
  • Le nombre de pères au foyer est passé de 2 % en 1976 à 11 % en 2014.
  • En 2011, plus de 20 % des enfants de familles monoparentales vivaient avec leur père.

Compte tenu de ces changements majeurs au sein des foyers, le rôle du père est le grand absent du portrait de la famille.

Les recherches émergentes démontrent que les pères sont des intervenants essentiels dans le développement des comportements sains des enfants. Des études en Australie et aux États-Unis ont démontré de fortes associations entre les habitudes alimentaires et physiques des pères et celles de leurs enfants, ce qui suggère une forte influence du rôle du père par modelage. Nos propres recherches auprès de familles canadiennes indiquent que le modelage de l’apport nutritionnel sain des pères, et non celui des mères, a été associé à un apport nutritionnel plus sain parmi leurs enfants. Ces résultats soulignent la nécessité de comprendre le rôle du père dans le développement de comportements sains des enfants.

Une étude menée à l’Université de Newcastle en Australie qui a suivi des enfants de 8-9 ans pendant quatre ans a démontré que les enfants dont le père était obèse et dont la mère avait un poids santé lors du premier temps de mesure étaient 10 fois plus à risque de devenir obèses lors du suivi que les enfants dont aucun des parents n’était obèse. Les chiffres sont différents lorsque c’est la mère qui est obèse.

Une autre étude menée au Centre québécois des études longitudinales a démontré que le risque d’être obèse à 7 ans a doublé parmi les enfants dont le père est obèse, alors qu’il n’y avait aucune association entre le poids des mères et celui de leurs enfants.

 Une question cruciale émerge de ces études : dans quelle mesure l’influence des pères sur la santé de leurs fils est-elle génétique ou liée à des facteurs environnementaux ou comportementaux? Cette question n’a pas non plus été suffisamment étudiée et doit faire l’objet de recherches si nous voulons améliorer la santé de nos enfants.

Dans l’attente de ces nouvelles recherches, que peuvent faire les pères et les familles pour résoudre le dilemme alimentation et activité auquel ils font face?

Minimalement, les pères doivent être conscients de leur impact sur la santé de leurs enfants. Ainsi, ils seront davantage motivés à prendre soin de leur propre santé pour influencer celle de leurs enfants. Des petits pas comme ajouter une activité physique quotidienne qu’ils peuvent réaliser avec leur enfant ou choisir des fruits et des légumes comme collations à apporter sont réalistes et peuvent être entrepris par toute la famille. Les résultats : un héritage de familles plus en santé et d’un Canada plus en santé.

 

Jess Haines est une diététiste professionnelle et une professeure adjointe du département de nutrition appliquée à l’Université de Guelph. Elle est également directrice adjointe de l’Étude sur la santé des familles de Guelph, une étude sur la famille dont l’objectif est de comprendre comment les facteurs présents lors du jeune âge sont associés au développement de maladie chronique.

 

La Dre Haines a gracieusement rédigé cet article au nom de la Fondation pour la Santé des Hommes au Canada.