Sommes-nous devenus tellement habitués au fait que les hommes meurent plus tôt que les femmes que c’est devenu un simple fait reconnu dans notre société? L’écart d’espérance de vie entre les hommes et les femmes existe bien dans les pays développés et il avantage les femmes de 4 à 5 ans. Bien que l’espérance de vie des hommes et celle des femmes augmentent, l’écart entre les deux est toutefois resté le même.

Quelles sont les raisons de cet écart? Bien que nous sachions que c’est en grande partie attribuable à des différences comportementales — seulement 30 % de la santé globale d’un homme est déterminée par sa génétique[i] — les tentatives pour amener des changements s’avèrent difficiles. Les caractéristiques masculines traditionnelles — compétitivité, stoïcisme, déni et autosuffisance — contribuent vraisemblablement à la réticence des hommes à demander de l’aide.[ii]

Afin de mieux comprendre la différence d’espérance de vie liée au sexe, les questions de santé masculine devraient être examinées selon l’angle des maladies spécifiques aux hommes et des maladies à risque pour les hommes. Les maladies spécifiques aux hommes sont des maladies qui atteignent principalement les hommes à cause de leurs caractéristiques physiologiques. Tandis que les maladies à risque pour les hommes sont celles qui risquent davantage de se développer en raison d’un niveau de risque associé qui contribue largement à la différence d’écart de l’espérance de vie. Par exemple, les hommes ont un taux plus élevé de maladie cardiovasculaire et un risque plus élevé de suicide en raison de problèmes de santé mentale. En d’autres termes, il faut regarder les soins de santé destinés aux hommes à travers une lentille propre à ceux-ci.

L’urologie est sans doute un portail vers un meilleur système de santé pour les hommes. Ma vision est qu’il faudrait considérer la santé des hommes comme une autre sous-spécialité de l’urologie, la reliant ainsi à un plus grand cadre multidisciplinaire. En tant qu’urologue, je peux être le premier médecin qu’un homme voit depuis plusieurs années; par exemple, s’il vient dans mon bureau pour une pierre au rein ou une vasectomie. Il s’agit d’une possibilité d’entrer en contact avec cet homme et de le mettre en lien avec d’autres secteurs de la santé.

La Division d’urologie de l’Hôpital d’Ottawa est en voie de faire de ce modèle une réalité. Le centre de santé des hommes, qui vient tout juste d’être créé, continuera à mettre l’accent sur l’ensemble de la santé masculine en s’appuyant fortement sur la collaboration entre diverses spécialités. Le modèle de prestation des soins du centre de santé des hommes incorporera les soins et le traitement des maladies spécifiques aux hommes durant les deux premières années d’existence du centre. Quant à la collaboration avec d’autres spécialités facilitant le traitement des maladies à risque pour les hommes, elle se fera lors des 4e et 5e années. C’est l’intégration du traitement des maladies à risque pour les hommes qui différenciera ce modèle des autres déjà existants. En incluant les « maladies à risque », l’Hôpital d’Ottawa tente de s’attaquer à l’écart dans l’espérance de vie actuel et de le réduire. 

Ce modèle de prestation doit faire preuve d’innovation et offrir des soins spécifiques aux hommes qui sont importants et qui tiennent compte des diverses raisons à l’origine de l’écart d’espérance de vie. Il devra inclure plusieurs domaines médicaux qui engloberont l’urologie, les soins primaires, la cardiologie, l’endocrinologie et la psychiatrie. Il facilitera cette approche multidisciplinaire des soins aux patients en améliorant la communication entre les spécialités qui se trouvent dans différents endroits, et ce, dans l’unique but d’améliorer la santé des hommes. 

Il faut changer le prisme sociétal sur la santé des hommes et se concentrer à aider les hommes à s’investir dans leur santé. En unifiant et en centralisant les soins en santé masculine dans un cadre clinique, les professionnels de la santé seront mieux outillés afin d’aider les hommes à commencer à vivre plus sainement, car ensemble nous comprendrons mieux comment les divers aspects de santé sont liés les uns aux autres. Commençons dès maintenant à mettre en œuvre ce modèle et arrêtons d’accepter l’écart d’espérance de vie afin que nos pères, partenaires, amis et voisins puissent aussi jouir d’une vie longue et saine. 

Dr J. Stuart Oake
Chef de division, Division d’urologie

Département de chirurgie, Hôpital d’Ottawa

Président, Division d’urologie, Département de chirurgie

Université d’Ottawa

[i] https://menshealthfoundation.ca/wp-content/uploads/2016/10/7-health-facts.pdf

[ii] Goldenberg, Skeldon and Black.“Personalized messaging: Communicating with men about their health » Urology Times, juillet 2015.